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Une thérapie de couple pour surmonter la crise

Sauver son couple. C’est en ces termes que Stéphanie (1), 41 ans, mère de deux enfants, parle de la thérapie qu’elle et son conjoint ont entreprise il y a cinq ans. « Nous ne traversions pas de crise aiguë mais après la naissance de notre premier enfant, la communication était devenue difficile, raconte cette Parisienne. On se faisait beaucoup de reproches et, de mon côté, je sentais que mes attentes vis-à-vis de mon mari, devenu père, avaient évolué. J’avais peur qu’on s’éloigne, alors j’ai pris les devants et je lui ai proposé de voir quelqu’un. »

Stéphanie a mis longtemps à trouver la bonne personne car les thérapeutes de couple ne sont pas si nombreux. Tous les psychiatres, psychanalystes ou psychologues qui reçoivent des patients en consultation ne sont pas nécessairement formés à la thérapie de couple ou à la thérapie familiale.

Quelques semaines plus tard, elle et son conjoint se sont retrouvés devant une thérapeute pour une séance d’une heure. « Nous avons évidemment commencé par vider notre sac en disant ce qui n’allait pas, se souvient Stéphanie. La scène ressemblait à ce qui se passait à la maison sauf que, là, il y avait une tierce personne qui nous permettait d’entendre ce que disait l’autre et de mieux comprendre aussi ce qu’il ressentait. Au fur et à mesure des séances, poursuit-elle, ce lieu était devenu une sorte de cocon où on pouvait se parler. Il y a eu des tensions, des pleurs et l’impression, parfois, que la thérapeute n’était pas impartiale mais je crois que ce travail, qui a duré trois ans avec des moments de pause, nous a permis de dénouer quelque chose. »

Se réparer ou se séparer

La vie d’un couple est faite d’étapes et de grands mouvements qui peuvent déséquilibrer la relation, rappelle le psychiatre et thérapeute de couple Bernard Geberowicz (2). « L’arrivée ou le départ des enfants, la maladie, la retraite ou même un déménagement peuvent provoquer un éloignement lorsque les conjoints n’évoluent plus de manière synchronisée, explique-t-il. Il y a aussi les moments où la sexualité est atteinte, avec des pannes de désir, ou encore des situations d’adultère qui peuvent amener le couple à consulter. »

Selon Édith Berlizot, conseillère conjugale au Cler Amour et famille, l’infidélité serait même l’un des principaux motifs de consultation chez les couples qu’elle reçoit. « Il n’y a pas forcément de passage à l’acte. Il peut s’agir seulement d’échanges virtuels sur les réseaux sociaux », précise-t-elle.

Philippe Brenot (3), psychiatre, thérapeute de couple et directeur d’enseignement en sexologie à l’université Paris 5, estime, lui, que la sexualité ne doit pas être abordée lors des séances communes. « Les conjoints ne peuvent pas en parler librement devant leur partenaire, observe-t-il. Il est plus intéressant de voir chacun séparément, pendant quelques séances avec, bien sûr, l’accord de l’autre. »

Longtemps, les femmes ont été à l’initiative de la thérapie de couple mais de plus en plus d’hommes osent franchir le pas, selon les spécialistes. « L’important c’est que les deux soient d’accord et qu’ils viennent avec un même objectif, ce qui n’est pas toujours le cas, souligne Bernard Geberowicz. C’est d’ailleurs l’objet du premier entretien : savoir si les deux conjoints sont là pour améliorer la relation et atténuer les conflits, travailler sur un traumatisme ou s’ils sont là pour mieux se séparer, ce qui arrive aussi. »

Pas de recette magique

Se réparer ou se séparer. Céline (1), 29 ans, mère de trois enfants, n’avait rien décidé mais l’évidence s’est imposée. « Avec mon ex-conjoint, nous sommes allés voir un thérapeute pour savoir si nous étions juste dans un déficit de communication ou si c’était la fin de notre relationet, après quelques séances, nous avons tous les deux compris qu’on était arrivé au bout de notre histoire », témoigne cette habitante des Yvelines. « L’objectif de la thérapie n’est pas de sauver le couple, assure-t-elle. Le thérapeute ne donne pas de recette magique mais vous aide à comprendre ce qui bloque. Et parfois ce qui bloque, c’est que vous n’êtes pas avec la bonne personne. »

Depuis, Céline a rencontré un autre homme, divorcé lui aussi, avec lequel elle s’est mariée et a eu un enfant. Ensemble depuis un an et demi, ils ont décidé de faire une thérapie de couple « préventive » pour « éviter les écueils de la famille recomposée », dit-elle. « La situation étant déjà naturellement compliquée, on voulait partir sur des bases solides pour avancer plus sereinement. »

Parfois, la raison pour laquelle le couple consulte est l’arbre qui cache la forêt, analyse Édith Berlizot. « En conseil conjugal, les conjoints viennent souvent pour essayer de régler un problème ponctuel mais, derrière, il y a évidemment les fondations du couple qui peuvent être fragiles. L’objectif, ici, n’est pas de creuser cette dimension mais d’accueillir chacun de façon inconditionnelle, de faire circuler la parole dans un échange apaisé et cadré, avec un regard extérieur bienveillant. »

L’impact #MeToo

Le thérapeute de couple, lui, abordera la thérapie de manière différente selon sa formation (école psychanalytique, systémique ou comportementale) mais aura toujours une approche psychologique. « Il va notamment identifier les repères œdipiens qui n’ont pas besoin d’être expliqués mais qui, grâce aux habiletés thérapeutiques, vont permettre de faire évoluer la relation », relève Philippe Brenot.

Selon une enquête du site Psychologue.net (lire les repères), 42 % des professionnels interrogés relèvent une augmentation des thérapies de couple depuis le début de la pandémie de Covid-19. Bernard Geberowicz et Philippe Brenot observent également une évolution des comportements liée au mouvement #MeToo. « Aujourd’hui, je reçois des jeunes femmes plus exigeantes vis-à-vis de leur conjointet des hommes déstabilisés par des demandes parfois contradictoires, analyse le sexologue. Beaucoup veulent une épaule solide sur laquelle s’appuyer mais refusent la domination masculine. Et c’est compliqué pour le couple de trouver un nouvel équilibre. »

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Le recours à un psychologue

Selon une enquête du site Psychologue.net réalisée en 2021, 93 % des professionnels interrogés assurent que l’anxiété et la dépression sont les troubles les plus fréquents qui poussent les Français à consulter. Les thérapies de couple arrivent en deuxième position (52,1 %), avant les troubles de l’alimentation, l’alcoolisme et la toxicomanie.

D’après une étude réalisée en 2017 pour Psychologies, 31 % des Français ont déjà fait appel à un psy. En 2013, ils étaient 28 %. Et 5 % en 2001.

Parmi les personnes interrogées, 70 % ont bénéficié d’une thérapie individuelle, 28 % ont fait appel à un thérapeute pour leur enfant, 8 % pour leur conjoint et 5 % pour leur couple.

CET ARTICLE A ETE COPIE SUR www.la-croix.com

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