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« Opposer les riches aux pauvres n’est pas une solution contre le réchauffement climatique »

La COP27 à Charm El-Cheikh en Égypte essaie de trouver des solutions à notre avenir commun face au dérèglement climatique. C’est l’occasion pour certains de détailler les responsabilités de chacun. En matière de changement climatique comme de lutte pour la biodiversité, les pays pauvres sont plus vertueux que les pays à revenu intermédiaire qui le sont à leur tour davantage que la plupart des pays riches. Et dans les pays riches, les personnes qui utilisent les jets privés polluent plus que les autres. Les habitants des quartiers chic de l’Ouest parisien consomment plus de chauffage qu’à l’est de la ville. Les femmes, aux revenus moins élevés que les hommes, provoquent moins de rejets toxiques dans l’atmosphère.

Cette litanie « des bons » contre « les méchants » pourrait se poursuivre à l’infini avec d’autres exemples faisant la plupart du temps un parallèle entre impact négatif sur l’environnement et situation des individus sur l’échelle des revenus au niveau mondial. Certains s’arrêteront à ce constat et tireront la conclusion qu’il convient de taxer les riches, non seulement pour lutter contre les inégalités de revenu, mais également en tant que plus gros émetteurs de CO2. Et ce raisonnement binaire, riches contre pauvres, cette concordance des temps entre inégalités sociales et inégalités environnementales, si facilement médiatisable et de nature populiste, pourront ainsi se décliner à l’infini entre ceux qui profitent du système et ceux qui subissent le système.

Solution sociale

Pourtant, est-ce que ce type de raisonnement est réellement fondé ? Bien entendu, un riche consomme mécaniquement plus qu’un pauvre puisqu’il a plus de revenus. Mais taxer les revenus des riches pour donner plus aux pauvres, si c’est une solution sociale à laquelle on peut souscrire, est-ce vraiment une solution pour le climat ? Pas si sûr.

Un riche par rapport à un pauvre consacre une fraction moins importante de son revenu à la consommation. Transférer un revenu supplémentaire des riches, peu nombreux, vers les moins riches, beaucoup plus nombreux, produira donc mécaniquement une augmentation des rejets de CO2 car notre consommation demeure essentiellement carbonée. Selon la même logique, lorsque les pays émergents très peuplés (Inde, Chine, Indonésie, Brésil…) ont décollé économiquement, adoptant une consommation de masse à l’occidentale, l’urgence climatique est devenue une réalité pour tous. En contrepoint, les pays pauvres, malgré la rapidité de la croissance démographique et donc leur poids croissant dans la population mondiale, ne sont à l’origine que de faibles rejets de CO2 dans l’atmosphère depuis le commencement l’ère industrielle (3 % pour l’Afrique), faute d’une consommation suffisante pour assurer leur bien-être.

Le camionneur

Enfin, la liaison entre revenus élevés et rejets de CO2 n’est pas toujours établie. Il existe, nous le savons bien, des activités plus nuisibles à l’environnement que d’autres, indépendamment des revenus. À titre d’exemple, un camionneur qui sillonne les routes d’Europe et habite à l’extérieur des villes comme une hôtesse de l’air qui prend l’avion chaque semaine auront mécaniquement, à cause de leur activité professionnelle, des bilans CO2 très défavorables, ce qui sera beaucoup moins le cas d’un sédentaire du tertiaire à revenu élevé qui voyage peu et habite au centre d’une grande ville. C’est pourquoi on ne peut que soutenir les efforts de décarbonation de nos économies qui nous font préférer pour tous, riches et moins riches, l’énergie verte aux énergies fossiles, les transports en train plutôt qu’en camion ou en voiture individuelle.

Car ce qu’il convient de changer au plus vite, c’est que nous ayons tous la possibilité, riches et moins riches, de produire et de consommer décarboné sur toute la surface de la planète. Globalement, cette possibilité ne nous est pas encore offerte. Il existe toujours une corrélation très forte (à 80 %) entre consommation et rejet de CO2 au Nord comme au Sud, ce qui veut dire que nous ne sommes toujours pas sortis du modèle d’économie fortement carbonée. Même si des transitions sont engagées un peu partout dans le monde, elles ne sont pas à la hauteur du problème à résoudre puisque les émissions de CO2 continuent de croître. L’amélioration de l’efficacité énergétique ne compense pas l’augmentation globale de l’activité dans de nombreux secteurs économiques.

Décarbonation rapide

La solution au changement climatique réside dans une décarbonisation rapide de nos consommations au Nord comme au Sud, chez les riches comme chez les pauvres. Et si l’on n’arrive pas à décorréler consommation et impact négatif sur l’environnement, en changeant nos modèles de développement, il faudra bien se résoudre à mieux partager la consommation sur l’ensemble de la planète, en s’engageant vers la sobriété au Nord, voire la décroissance. Et si nous n’arrivons décidément pas à instaurer cette baisse de la consommation globale à impact fortement nuisible à l’environnement, il faudra bien se résoudre à poser la question de la taille de la population mondiale, afin de tenter de l’ajuster au mieux aux ressources finies de notre terre, un niveau de population mondiale responsable, compatible avec un bien-être possible pour tous.

C’est donc le modèle de développement à l’occidentale, basé sur une consommation carbonée de masse, qu’il convient de changer. Nous sommes tous, riches ou pauvres, sur le même bateau. Il convient d’aller vers d’autres modèles de développement, attractifs et donc porteurs de prospérité pour tous, comme le souhaitait le regretté Bruno Latour.

CET ARTICLE A ETE COPIE SUR www.la-croix.com

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