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« Les gouvernements africains ont peut-être une responsabilité dans la vulnérabilité climatique du continent »

Justice pour l’Afrique, c’est l’objectif de la COP27. Les gouvernements africains exigent d’être compensés pour « les pertes et dommages », dont certains irréversibles, causés par le changement climatique dont ils sont victimes sans en être responsables. Cela paraît juste. Et nécessaire, au vu des tragédies subies par les populations africaines. Plus étonnant est de considérer le réchauffement du climat comme l’unique cause de la vulnérabilité de l’Afrique. Si le continent africain demeure le plus cruellement touché par les effets du climat, il l’est aussi parce qu’il est le moins préparé.

Inondations, désertification

Cette année, les inondations ont déplacé un million et demi de personnes au Nigeria, pendant que des sécheresses répétées ont causé, dans la Corne de l’Afrique, des milliers de morts et des souffrances humaines difficiles à imaginer. La désertification, la perte des récoltes et du bétail, la dégradation des sols, la réduction des surfaces agricoles, la misère et l’exode des populations qui s’ensuivent, provoquent une myriade de conséquences à court, moyen et long terme. La malnutrition, notamment celle des enfants, représente, à elle seule, une destruction incommensurable d’avenir. « Les pertes et dommages » subis sont immenses en termes économiques, en termes culturels et humains incalculables.

Les gouvernements des pays d’Afrique plaident donc pour un mécanisme de compensation des dégâts dus aux émissions de carbone des pays les plus riches, qui fonctionnerait un peu à la manière d’une politique d’assurance. Une telle contribution aiderait à réparer les torts et à financer les infrastructures nécessaires pour mieux faire face aux événements climatiques.

Absence d’anticipation

Réparation, compensation, justice… Plus de soixante ans après leur indépendance, la question de la part de responsabilité des gouvernants africains eux-mêmes dans la « vulnérabilité » du continent ne peut-elle jamais être posée ? Comment expliquer l’absence d’anticipation des risques, de préparation aux catastrophes, de politiques de prévention, la faillite des systèmes de santé ? Le changement climatique frappe le plus durement les pays où toute politique sérieuse aura été sacrifiée à la jouissance immédiate du pouvoir, où la justice est absente, les élections décoratives, les médias aux ordres, les libertés bafouées.

Pure coïncidence ? Parmi les cinquante-cinq pays d’Afrique, seuls le Botswana, le Ghana, la Namibie et l’Afrique du Sud passent, selon les critères de Freedom House, pour des pays libres. Et cependant, même en Afrique du Sud, l’état des routes n’a pas permis aux secours d’atteindre les victimes des récentes inondations. Existe-t-il une corrélation entre la manière dont les pays sont gouvernés et leur fragilité face aux désastres climatiques ?

Nouvelles pratiques écologiques

L’Afrique n’est pas sans ressources. Les nouvelles générations, éduquées et engagées, se battent pour elle. Avec ses réserves minières, son potentiel solaire, la richesse de ses écosystèmes, et peut-être, par la vertu inversée du retard de développement qui aura entravé son essor industriel, l’Afrique pourrait devenir le continent pilote de nouvelles pratiques écologiques. Comment garantir que « les mécanismes de compensation » exigés par leurs gouvernants bénéficient, pour une fois, à l’avenir des peuples africains ? Comment s’assurer qu’ils n’enrichissent pas une poignée de kleptocrates, de compagnies commerciales et d’investisseurs étrangers, soudain soucieux de l’avenir de la planète ?

La communauté internationale, destinée à jouer le rôle d’une compagnie d’assurances, pourrait s’inspirer des conditions contraignantes, notamment en matière de prévention, auxquelles les assureurs soumettent leurs clients. Justice serait de veiller à ce que les investissements pour lutter contre les effets planétaires du réchauffement climatique ne deviennent pas, pour les Africains, cause de plus d’iniquité et de malheur.

CET ARTICLE A ETE COPIE SUR www.la-croix.com

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