Les Français plébiscitent leur armée mais s’inquiètent de ses capacités

Pour 89% des personnes interrogées, «
continuer à commémorer» le 11 novembre plus d’un ­siècle après la fin du conflit mondial est justifié. 297394546/Bumble Dee – stock.adobe.com

EXCLUSIF – Selon un sondage Odoxa Backbone, 86% des personnes interrogées ont une bonne opinion des militaires, qui restent épargnés par la crise de défiance, contrairement aux responsables politiques.

Les «forces morales» de la nation… Face aux tensions du monde qui mettent à l’épreuve le modèle occidental, Emmanuel Macron, comme les généraux autour de lui, n’ont de cesse de répéter l’urgence d’un sursaut collectif, «d’une mobilisation plus intégrale pour (se) renforcer collectivement face à ces défis historiques». À l’occasion d’un déplacement mercredi au port militaire de Toulon, il s’est inspiré du vocabulaire marin pour inviter tout un chacun à développer un esprit de défense: «Il s’agit de passer au poste de mise en garde», a-t-il poursuivi. En commémorant l’armistice du 11 novembre et la fin de la Première Guerre mondiale, vendredi, le président de la République aura aussi à l’esprit ce sens du destin commun. Il déposera une gerbe devant la statue de Clemenceau, à Paris, et devant la tombe du soldat inconnu. Puis il ravivera la flamme, comme chaque année. Pour les militaires, le souvenir de la Grande Guerre doit servir à renforcer les liens entre les citoyens et leur armée.

Cette promesse d’unité autour de la mémoire est corroborée par le sondage Odoxa Backbone Consulting réalisé pour Le Figaro sur les Français et le patriotisme. «Le 11 novembre est une journée importante et symbolique pour nos concitoyens qui s’expriment en ligne», note Véronique Reille Soult, CEO de Backbone Consulting, qui a analysé la résonance du thème sur les réseaux sociaux.

Pour 89% des personnes interrogées, «continuer à commémorer» le 11 novembre plus d’un siècle après la fin du conflit mondial est justifié. Pour 75% d’entre eux, l’idée de patriotisme a encore un sens aujourd’hui. Le résultat est également partagé chez les sympathisants de droite et de gauche. 76% des personnes interrogées déclarent être elles-mêmes patriotes. La connotation du mot, longtemps confondu avec le nationalisme, n’effraie plus. L’adhésion s’accroît avec l’âge: 59% des 18 – 24 ans se disent patriotes contre 86% des plus de 65 ans.

L’attachement au patriotisme est «probablement renforcé par la crise ukrainienne lors de laquelle les Français ont largement salué la mobilisation de la population locale pour la défense de son territoire face aux attaques de la Russie», souligne Erwan Lestrohan, directeur conseil d’Odoxa.

Les Français ont largement salué la mobilisation de la population ukrainienne pour la défense de son territoire face aux attaques de la Russie

Erwan Lestrohan, directeur conseil d’Odoxa.

«La guerre en Ukraine est venue renforcer l’attachement des Français à leur armée. Elle est souvent perçue comme une protection indispensable des populations, à laquelle il faut donner des moyens, même en période économiquement difficile», ajoute Véronique Reille Soult, de Backbone Consulting. L’institution demeure épargnée par la crise de défiance, qui touche notamment les responsables politiques. Avec 86 % de bonnes opinions, la popularité de l’armée demeure intacte et majoritaire, quelle que soit la tranche d’âge ou l’appartenance politique.

En revanche, l’opinion semble lucide sur les capacités militaires de la France. Seulement 65 % des personnes interrogées considèrent la France comme une grande puissance. Ils étaient 78% en juillet 2018 et 71% en juillet 2022. Depuis plusieurs mois, rapports officiels et déclarations publiques ont en effet révélé les carences de l’armée, qui, seule face à un adversaire, ne disposerait que de quelques jours de munitions. Le constat est exact mais le cas de figure est théorique puisque les Occidentaux conçoivent leur défense en coalition et puisque la France dispose de la dissuasion nucléaire. Il n’empêche que les moyens militaires de la France sont limités. Pour le gouvernement, la défense nationale doit désormais intégrer une composante de «résilience».

Un doute «semble s’être installé» dans l’opinion, observe Erwan Lestrohan. «Alors que la crise ukrainienne a diffusé le sentiment que l’ère des conflits internationaux n’était pas révolue et que les dernières décennies ont été marquées par d’importantes coupes dans le budget de la défense, la période actuelle aura peut-être agi chez certains comme un révélateur de nos lacunes», ajoute-t-il. Les militaires espèrent qu’elle agira comme un réveil.

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