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« Les COP n’ont plus de crédibilité car les engagements pris ne sont pas suivis d’effets »

Bien qu’on entende abondamment parler de la COP 27 à travers les déclarations grandiloquentes des responsables politiques reprises naïvement par les médias, les activistes écologistes n’en attendent pas grand-chose, sinon rien. Cerise sur le gâteau du greenwashing, c’est Coca-cola qui en est le sponsor. Pourtant, ce sont près de 200 pays qui se réunissent du 6 au 18 novembre à Charm El-Cheikh en Égypte pour la 27e conférence de l’ONU sur le climat. Comment expliquer un tel désintérêt pour ces grandes messes internationales du climat ? Peut-on attendre une avancée lors de la COP en Égypte ? Dans de telles conditions, comment faire bouger les lignes ?

Si l’échelle internationale semble être la plus pertinente pour chercher des solutions afin de combattre le dérèglement climatique, force est de constater que les dernières éditions de la COP ont été d’immenses déceptions. Si le sommet de la Terre de Rio en 1992 ou la COP3 à Kyoto de 1997 suscitaient à l’époque de l’espoir, les dernières éditions ne font plus illusion.

Moments d’agitation éphémère pendant lesquels les dirigeants font de tonitruants discours engagés, les COP n’ont plus de crédibilité car les engagements qui y sont pris ne sont pas suivis d’effets. Bien que pays hôte de la COP21 ayant mené à l’Accord de Paris, la France a été condamnée plusieurs fois pour non-respect de ses engagements climatiques.

Cadre de réflexion caduque

Cette incapacité à atteindre les cibles climatiques fixées s’explique aisément lorsqu’on analyse le cadre de pensée qui sous-tend la tenue des COP. De fait, et ce depuis le début, ces dernières s’inscrivent dans le cadre du développement durable et cherchent à concilier croissance économique et lutte contre le dérèglement climatique.

Or ce cadre de réflexion a tout simplement été rendu caduque par la réalité empirique. Tel que le montre avec clarté Timothée Parrique dans son ouvrage Ralentir ou périr, L’économie de la décroissance, la croissance verte n’est rien d’autre qu’une infox. En effet, il n’y a pas de découplage possible à grande échelle entre augmentation du PIB et émissions de gaz à effet de serre. L’ultime rapport du Giec qui porte sur l’atténuation au changement climatique se montre d’ailleurs circonspect sur la réalité du découplage, sauf exceptions localisées. Ainsi, même si les engagements étaient tenus, les COP ne susciteraient que peu d’espoir chez les militants écologistes, car la boussole qui les guide n’est pas sérieuse du point de vue de la protection du vivant.

Responsabilité de l’Occident

Bien que cette COP en Égypte n’ait guère de chance de générer autre chose que des engagements déclaratifs, le pays hôte a mis au centre des débats un enjeu de taille : le respect des engagements financiers pris vis-à-vis des pays en développement. Afin d’aider ces derniers à adapter leur économie pour faire face aux effets du dérèglement climatique, les pays occidentaux s’étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an, entre 2020 et 2025. L’Égypte entend bien réaffirmer cette promesse non tenue, et questionne ce faisant la responsabilité de l’Occident dans la crise écologique actuelle et dans l’explosion des inégalités planétaires.

Soyons clairs : le développement exceptionnel qu’ont connu les pays occidentaux depuis plusieurs siècles est en partie dû au pillage des ressources naturelles et humaines des autres pays. Par la colonisation militaire d’abord, par l’asservissement économique ensuite, l’Occident a imposé son modèle de société aux autres : celui du productivisme, de la croissance économique et du PIB. Le bras armé de ce néocolonialisme qui perdure sont des organismes internationaux, tel le FMI, qui prêtent de l’argent à un État en échange de l’entrée de ses structures économiques dans le néolibéralisme. Ces transformations subies expliquent la situation désastreuse de certains pays du Moyen-Orient ou ailleurs qui ont perdu toute autonomie alimentaire puisqu’on les a poussés à abandonner l’agriculture vivrière pour la monoculture au nom de la mondialisation.

Ce principe de responsabilité de l’Occident est un point crucial des négociations climatiques car la remise en cause de ce colonialisme latent pourrait permettre du même coup de sortir du paradigme de croissance.

Les luttes locales

Si l’échelle internationale ne suscite que peu d’intérêt chez les écologistes, la recrudescence des actions locales ouvre elle de nouvelles voies de contestation. Loin des mensongères qualifications d’écoterrorisme, ces luttes territoriales témoignent du vertueux rapprochement entre militants et habitants locaux, au service d’un objectif commun : préserver son cadre de vie. La situation d’urgence écologique étant de plus en plus palpable, les délétères effets du modèle productiviste sont de moins en moins acceptés par la population. Quel village souhaite encore voir asperger ses cultures de pesticides au détriment de la santé de sa population ? Mis à part les quelques industriels qui en bénéficient, quels agriculteurs trouvent que pomper l’eau des nappes phréatiques pour la mettre dans des bassins à ciel ouvert est une bonne idée ?

Une fois que la vie quotidienne des gens est directement remise en cause par d’absurdes projets écocidaires dont le seul but est de produire de la croissance économique, l’adhésion aux revendications des activistes écologistes devient naturelle. C’est de ce genre d’alliance dont a profondément besoin l’écologie politique pour sortir des discussions urbaines qui restent bien souvent hors sol, et qui sans le soutien du terrain ont vocation à rester lettre morte.

Si les COP ont encore pour intérêt de faire dialoguer les nations sur les enjeux planétaires tel que le néocolonialisme, il est clair que les remises en cause du délétère système actuel viendront dans un premier temps des luttes locales libérées de la paralysie « croissantiste ».

CET ARTICLE A ETE COPIE SUR www.la-croix.com

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