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Le retour des maths « obligatoires » au lycée, une bonne nouvelle pour l’égalité filles-garçons ?

Le retour des maths obligatoires s’inscrit dans une stratégie visant à « réconcilier tous les élèves » avec cette discipline et « promouvoir l’égalité filles-garçons » de la primaire au lycée.
Michael Haegele / Getty Images Le retour des maths obligatoires s’inscrit dans une stratégie visant à « réconcilier tous les élèves » avec cette discipline et « promouvoir l’égalité filles-garçons » de la primaire au lycée.

Michael Haegele / Getty Images

Le retour des maths obligatoires s’inscrit dans une stratégie visant à « réconcilier tous les élèves » avec cette discipline et « promouvoir l’égalité filles-garçons » de la primaire au lycée.

LYCÉE – Les mathématiques seront à nouveau obligatoires pour tous les lycées en filière générale en classe de première dès la rentrée 2023. C’est la fin d’une des mesures les plus controversées de la réforme Blanquer du bac, mise en place en 2019. Une bonne nouvelle pour les mathématiques, mais aussi pour l’égalité entre les filles et les garçons ? Pas si sûr.

En 2022, si les mathématiques restent la spécialité la plus retenue en terminale, par 37 % des lycéens, elle a tout de même reculé de quatre points par rapport à 2021. Et le nombre de filles choisissant la spécialité maths en terminale -par rapport à celles qui choisissaient la filère S- a drastiquement chuté.

« Moins de filles choisissent la spécialité maths, par rapport à l’ancienne Première S, confirme auprès du HuffPost Jérôme Fournier, secrétaire national du SE-Unsa (syndicat d’enseignants du premier et du second degré de l’enseignement public). Et surtout, elles abandonnent d’avantage que les garçons la spécialité maths à l’issue de la première. »

Avant la réforme, les terminales S comptaient presque une moitié de filles (48,4 %), qui faisaient des mathématiques à un niveau intensif. En 2021, selon les dernières données disponibles, elles n’étaient plus que 38,6 %. Une proportion inférieure à ce qu’elle était en 1995. Cette diminution est bien visible dans cette infographie réalisée par Libération.

Le 25 janvier dernier, différentes associations savantes, s’appuyant sur des chiffres publiés en 2021 par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation (Depp), étaient montées au créneau dans un communiqué, dénonçant « l’aggravation des inégalités filles-garçons en mathématiques au lycée », « anéantissant brutalement plus de 25 ans d’efforts ».

« Alors que la part des filles en terminale S progressait régulièrement depuis 1994, la part des filles dans l’enseignement de spécialité mathématiques en terminale est redescendue au-dessous du niveau de 1994, chutant de près de 8 points après deux ans de mise en place de la réforme », déploraient-elles.

« On a perdu vingt ans d’efforts »

Au vu de ces chiffres, ces associations étaient défaitistes. « Les conséquences de cette rupture sont désastreuses, tant pour l’avenir des filles que pour la formation en mathématiques. Elles se ferment les portes de la plupart des études scientifiques, qui mènent aux emplois et aux carrières parmi les mieux valorisés » ajoutent-elles.

Sur France Inter, le mathématicien Jean-Pierre Bourguignon faisait le même constat : « On était arrivés à ce que le pourcentage de filles en terminale S soit presque équivalent à celui des garçons. Avec la réforme, ce taux a dégringolé à 10 %. En deux années, on a perdu vingt ans d’efforts. »

L’abandon de cette réforme va-t-il permettre d’inverser la tendance et en combien de temps ? Ce n’est « pas du tout certain », selon Jérôme Fournier, du SE-Unsa. Car le système envisagé pour la rentrée de 2023 ne prévoit un « tronc commun » de mathématiques obligatoires que pour les élèves ne choisissant pas la spécialité maths, créant un « double niveau ».

Pour lui, le fait qu’il y ait d’un côté des élèves avec un niveau élevé en spécialité et de l’autre des élèves avec un niveau plus faible, en tronc commun, pourrait « détourner des filles de la spécialité maths ». « Souvent, les filles ont tendance à minimiser leurs capacités et ne pas viser aussi haut que les garçons, qui ont eux plutôt tendance à surestimer leur niveau, explique-t-il. Ce que l’on craint, c’est que certaines filles délaissent la spécialité maths en se disant que le tronc commun suffira. »

« Ce qui est fait est fait »

Concernant l’abandon de la réforme, le syndicat aurait préféré un tronc commun qui soit le même pour tout le monde, avec un programme de maths « plus pratique, ancré dans le réel », complémentaire avec un programme « plus théorique » en spécialité. Ce qui est sûr, c’est que l’abandon de cette réforme va demander « beaucoup de travail avec les filles pour qu’elles comprennent que selon ce qu’elles veulent faire, les maths du tronc commun ne suffiront pas », conclut Jérôme Fournier.

Pour Véronique Slovacek-Chauveau, présidente d’honneur de l’association Femmes et mathématiques, « tout reste à faire ». « Il faut voir les programmes, comment cela va être appliqué, après cet effet d’annonce, concède-t-elle auprès du HuffPost. Mais ce qui est fait est fait. Pour ceux et celles qui ont été touchés par la réforme et en ont pâti, malheureusement on peut difficilement revenir en arrière. »

De manière plus générale, les stéréotypes de genre, encore très présents, ne restent pas à la porte de la classe et sont véhiculés par tout le monde, enseignants inclus, sans que parfois cela soit conscient. « Il faut se méfier de soi-même et faire attention, reconnait Véronique Slovacek-Chauveau, enseignante à la retraite. Ce n’est pas facile, parce que lorsque l’on s’en rend compte, ce n’est pas glorieux. »

C’est également ce qu’a pu observer Monica Neagoy, docteure en mathématiques et consultante internationale. « C’est le résultat de générations et de générations, on a hérité de cette soumission et de ces modèles d’acceptation, reconnait-elle auprès du HuffPostMême si ça change avec les nouvelles générations, les filles sont plus dans la collaboration et les garçons dans la compétition. » Des clichés qu’il faut mettre en évidence et combattre.

L’association Femmes et mathématique organise des journées pour encourager une prise de conscience de ces stéréotypes. Des rencontres entre des jeunes filles et des femmes scientifiques, qui peuvent devenir des « sources d’identification », sont proposées. « Marie Curie n’est pas un modèle accessible. Elle a seulement eu deux prix Nobel, sourit Véronique Slovacek-Chauveau. C’est mettre la barre un peu haut. »

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CET ARTICLE A ETE COPIE SUR www.huffingtonpost.fr

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