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« Le rachat de Twitter par Elon Musk est l’opportunité d’explorer de nouveaux modèles de réseaux sociaux »

Dès son arrivée, Elon Musk, le nouveau propriétaire de Twitter, impose son style : autoritaire. Il dissout le conseil d’administration, congédie les dirigeants et licencie la moitié des salariés de l’entreprise. Ce limogeage de masse pourrait (presque) rester anodin si on ne regardait pas le détail des fonctions des personnes remerciées : plusieurs directions critiques pour nos démocraties ont été supprimées ou fortement réduites.

L’équipe chargée des droits de l’homme a été entièrement supprimée. Elle avait notamment pour mission de protéger les utilisateurs victimes de violations des droits de l’homme partout dans le monde, comme des activistes, des journalistes ou encore des individus menacés dans le cadre d’une guerre, notamment la guerre russe en Ukraine. L’équipe chargée de la programmation, qui effectuait notamment des missions de modération des contenus en matière de désinformation, a été entièrement limogée. L’équipe chargée des affaires publiques, notamment des élections et de la vérification des comptes de personnalités publiques, a été réduite de moitié.

Un oiseau libéré

Ensuite, que l’oiseau soit « libéré » pourrait nous réjouir, mais la conception d’Elon Musk de la liberté d’expression semble inclure injures racistes, antisémites, menaces de mort ou encore des mensonges qui génèrent des manipulations informationnelles à grande échelle et ruinent nos démocraties. Si la modération des contenus haineux était déjà bien insuffisante avant l’arrivée de Musk, la dynamique lancée par l’homme d’affaires risque de ruiner les maigres progrès accomplis ces dernières années au profit du laisser-faire. De fait, on constate déjà le retour de nombreux comptes extrémistes sur la plateforme, depuis quelques jours avant les élections de mi-mandat aux États-Unis.

Enfin, il semble que la décision d’accorder le badge bleu se fera désormais sans vérification de la qualité de la personne, alors même que la certification était précisément destinée à différencier les faux comptes de comptes officiels de personnalités publiques. Toute personne qui paiera 8 dollars (7,70 €) d’abonnement par mois y aura droit, mettant fin de facto à la fonction de « certification » au profit d’un débat public donnant une prime de visibilité et de légitimité sur l’unique fondement de la capacité à payer.

Les réseaux sociaux que nous voulons

Les menaces que fait peser le rachat de Twitter par Elon Musk s’ajoutent à des limites déjà connues des réseaux sociaux dominants (Facebook, Twitter, Instagram, etc.) : utilisation des données personnelles à des fins publicitaires, enfermement algorithmique qui conduit à radicaliser les opinions et le débat public, anonymat qui favorise les discours de haine et le cyberharcèlement, etc.

Le rachat de Twitter par Elon Musk fait émerger un momentum pour reprendre le pouvoir sur nos réseaux sociaux, en Européens. Vouloir des plateformes sans cyberharcèlement, sans discours de haine, sans manipulation de l’information à grande échelle, des plateformes pluralistes sur lesquelles chacun est véritablement libre d’exprimer ses opinions dans le respect de l’autre : cela ne relève pas (que) du rêve.

Les règles européennes

D’abord, ce momentum est l’opportunité de rappeler avec force que la réglementation européenne – RGPD, mais aussi Digital Services Act (DSA) et Digital Markets Act (DMA) – s’impose sur le sol européen, protégeant ainsi les utilisateurs européens contre les abus en tout genre : désinformation, harcèlement, etc. Thierry Breton, le commissaire européen chargé du marché de l’intérieur, l’a rappelé à raison à Elon Musk : l’oiseau bleu volera selon les règles européennes.

Elon Musk est contraint de s’y plier, sous peine d’amende pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise. En cas de récidive, les sanctions peuvent aller jusqu’à la suspension de Twitter en Europe, temporairement ou définitivement dans le pire des cas. Ce n’est sans doute pas une option désirable, mais c’est une option possible si Elon Musk ne se plie pas aux règles européennes : la balle est dans son camp.

De nouveaux modèles

Ce momentum peut aussi constituer une opportunité pour explorer de nouveaux modèles de réseaux sociaux. Des alternatives européennes à Twitter existent déjà : Mastodon, par exemple, est le plus gros acteur sur le créneau de Twitter et gagne du terrain. Il n’est pas parfait. Parce qu’il fonctionne grâce à des développeurs bénévoles, l’expérience utilisateur y est dégradée, mais s’améliore à mesure que le nombre d’utilisateurs augmente. Des inquiétudes pèsent aussi sur la confidentialité des données : du fait de la gestion décentralisée du réseau, elles sont en open source, mais en contrepartie ne peuvent pas être piratées.

Paraît-il tout de même que la bienveillance y règne entre utilisateurs… un mot qu’on avait oublié sur Twitter. Au-delà de l’exemple de Mastodon, nous appelons de nos vœux l’émergence de nouveaux modèles de plateformes, innovantes, plus respectueuses de nos valeurs, de notre droit et des données personnelles. Régulateur européen, entrepreneurs du numérique, développeurs et investisseurs, nous comptons sur vous !

CET ARTICLE A ETE COPIE SUR www.la-croix.com

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