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Le judaïsme au risque du politique

Après cinq scrutins législatifs en moins de quatre ans, les Israéliens se sont finalement dotés d’un parlement dégageant une majorité. Dans ce système électoral de proportionnelle intégrale, ce sont les partis de droite qui l’emportent, avec à leur tête le Likoud de Benjamin Netanyahou. À ses côtés, un mouvement a obtenu un score jamais atteint par lui jusqu’ici. Le parti Sioniste religieux est passé de 6 à 14 sièges. Tandis que les partis ultra-orthodoxes Shas et Judaïsme unifié de la Torah ont remporté respectivement 11 et 7 sièges.

Qu’un État qui se définit comme juif pour les juifs entende permettre aux juifs de vivre à plein leur judaïsme tombe sous le sens. Mais l’État hébreu pourrait se trouver confronté dans les mois et années à venir à une question à laquelle il n’a jamais vraiment répondu : qu’est-ce qu’être juif ? Certes, l’humour juif a apporté une réponse susceptible de satisfaire bien des penseurs de la judaïté : « Un juif c’est quelqu’un qui se demande toute sa vie ce qu’est être juif ».

Cela pourrait peut-être ne plus suffire. À entendre les attentes des partis qui s’affirment religieux en Israël, une question semble affleurer qui pourrait se révéler plus délicate : « Être juif en Israël implique-t-il d’être religieux et à quel point observant ? »

De longue date, les Israéliens observent la vie des communautés ultra-orthodoxes. La majorité des hommes ne travaillent pas pour se consacrer à l’étude de la Torah. Ils ne font pas leur service militaire tenu pour une « distraction ». Tous les Israéliens n’apprécient pas y compris parmi les orthodoxes non-ultras. Dans leurs quartiers, les ultras séparent les hommes des femmes que par ailleurs ils tendent à effacer de la vie publique. Jusqu’ici on se dit que les ultra-orthodoxes ne représentent que 12 % de la population.

Quant aux sionistes religieux, certains estiment que leurs valeurs nationales l’emportent sur le religieux dans leurs desseins. Il se trouve néanmoins que les résultats de l’élection à peine connus, leur leader Bezalel Smotrich a demandé à la ligue de football de ne plus jouer de matchs le samedi. La ministre pressentie du transport assure de son côté que le tramway de Tel-Aviv ne fonctionnera pas durant le shabbat. C’est de la même veine. Si on ne respecte pas shabbat en Israël, alors plus besoin de respecter le dimanche en France. Oui, mais c’est le même Bezalel Smotrich qui a déclaré qu’Israël devrait être régi par la loi religieuse et que le Temple devait être reconstruit (accessoirement en lieu et place du Dôme de rocher). Du reste, ses partisans se préparent qui ont déjà reconstitué un sanhédrin et s’entraînent à faire des sacrifices comme il est prescrit dans la Bible.

Pour constituer son gouvernement, Benjamin Netanyahu – à qui ses alliés ont promis l’impunité dans ses démêlés judiciaires – va devoir faire des concessions. Si la plupart le seront sur le dos de la paix avec les Palestiniens, nombre d’entre elles toucheront à la vie juive à l’intérieur de l’État hébreu. De petits arrangements entre (faux)-amis à des bouleversements en profondeur du judaïsme vécu en Israël, la frontière devient de plus en plus ténue. Oui, Am Israel hai ! Le peuple d’Israël est vivant ! Mais il va devoir définir le socle de son unité.

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