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« Le centre de mon système solaire »

« J’ai lu quatre fois La Recherche de manière suivie et in extenso. Comme je suis un lecteur lent, la première de ces traversées a occupé nombre de mes soirées de lycéen.

Quant à la quatrième, il y a cinq ou six ans, elle a passé beaucoup trop vite et j’ai trouvé que, finalement, c’était bien court ! Entre les deux, je m’étais plongé dans l’édition de la Pléiade avec les notes, les esquisses inédites, éprouvant le bonheur de m’y immerger, de prendre le temps. Dans une sorte d’abandon confiant à l’auteur.

Cette fascination proustienne m’a été transmise par mon père, qui m’a offert une édition dédicacée. J’ai d’ailleurs du mal aujourd’hui à démêler ces influences : par exemple, mon amour, depuis mes 13 ans, de la peinture de Vermeer n’est-il pas né de celui de Proust ? La Recherche m’habite en permanence, parce qu’il s’agit d’une des très rares œuvres qui nous permet de voir le monde en entier à travers un regard qui n’est pas le nôtre et d’éprouver ce qu’est la vie, de l’enfance à la vieillesse, à partir de l’expérience d’une personne singulière. C’est une création purement romanesque et, à la fois, purement philosophique.

À une époque, je me couchais le soir avec La Recherche et me levais tôt le matin pour écrire. La musique de Proust berçait mon sommeil et je l’avais encore en tête devant ma feuille de papier. Je peux vraiment dire que c’est lui qui m’a appris à écrire : pour moi, né à Buenos Aires, le seul français possible était celui de Proust.

Même si, peu à peu, j’ai appris à m’en libérer. Mais il demeure aujourd’hui que, comme écrivain, je ne fais pas autre chose que de composer un pastiche de La Recherche, qui est sans nul doute le centre de mon système solaire… »

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