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J’entreprends et je crois que les autres sont aussi la clé de la réussite

Laissez tomber vos illusions, j'ai été auto-entrepreneur et ce n’est pas mieux que d’être chômeur.
Getty Images Laissez tomber vos illusions, j’ai été auto-entrepreneur et ce n’est pas mieux que d’être chômeur.

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Je découvre que l’indépendance ne se fait pas sans les autres. Non salariée, sans statut officiellement défini par mon poste, je suis dépendante de la réceptivité de l’Autre. Accompagnement à la création, don d’un conseil avisé, collectif de femmes, sont autant d’îlots de chaleur et de bienveillance.

VIE DE BUREAU – Quand j’y repense, j’ai beaucoup d’affection pour la petite fille que j’étais. J’étais en situation d’échec. Je ne savais pas contre quoi, mais j’étais en colère, j’étais rêveuse aussi, je voulais changer les choses et je savais vouloir maîtriser mon destin. Régulièrement punie à la maison, collée quasiment chaque semaine à l’école, j’attirais néanmoins la sympathie de mon entourage et de mes professeurs. Ce que je comprenais à ce moment-là c’est que mon humour était un cataplasme à mon insolence. Ma personnalité a fait que j’ai trouvé des mains tendues sur mon chemin.

Je crois que lorsque l’on plaisante on ne ment pas sur qui l’on est, on se révèle. Aujourd’hui j’entreprends pour rendre hommage à la petite fille que j’étais et je tâche de voir le sérieux avec dérision afin de continuer à persévérer. Alors que je perçois la figure de l’entrepreneur comme un nouveau symbole méritocratique qui incarne la liberté, et l’aventure, je me demande ce qui constitue l’indépendance professionnelle tant rêvée. Je me demande si l’indépendance n’est pas tout simplement la capacité de résilience face à l’échec, c’est-à-dire face aux portes qui se ferment.

J’ai toujours réussi grâce à mes qualités humaines

Il bondit comme un pantin de sa chaise puis s’approche de moi pour me dire : « Normalement un préclassement est déjà établi, mais vous me causez un sérieux cas de conscience. Je vous avertis que vous allez devoir travailler dur ». C’est un directeur de master et économiste de renom qui me fait cet aveu. Je me rappelle ce jour de victoire comme si c’était hier. Mes bulletins étaient plombés par des notes pas catastrophiques, mais moyennes, je savais ce jour-là n’avoir que mon aisance oratoire pour moi. J’ai le net souvenir de cette scène, car elle m’incarne bien. Je suis une outsider : alors que mes enseignants de primaires hésitaient à me placer en SEGPA, j’ai terminé ma scolarité dans un grand établissement grâce à ma personnalité. Je suis assez fière de ce joli pied de nez au tracé de mon destin. Cependant, sensible, je ne comprenais pas encore que cela ne fera pas de moi un salarié épanoui.

Comme la petite fille que j’étais, quand j’ai échoué, c’était que j’étais hors cadre donc pas au bon endroit

Fille de professeure, c’est plutôt que j’avais conscience du fait de vivre dans un pays où le diplôme a son importance. J’ai voulu faire mentir les pronostics scolaires tout en sachant être inadaptée à la routine qu’instaurent des règles bien établies. Cadre à la Défense, j’ai été extrêmement bien accueillie par mon boss, génial, qui lui aussi m’a fait confiance. Cependant, malheureuse, loin de ma terre d’origine, je me suis rêvée entreprendre. Je lisais en espérant trouver un signal ou un repère dans les livres. J’étais aussi pétrie de préjugés et de la peur de m’écarter des sentiers tout tracés… Jusqu’à ne plus en pouvoir et que ma vérité me rattrape. J’ai sauté dans l’eau du bain pour éviter d’y laisser ma santé. La vie en entreprise est loin d’être un long fleuve tranquille je le sais, mais la notion d’échec ou d’énergie investie est tout autre que lorsque l’on entreprend un projet. Personnellement les revers m’atteignent, mais j’essaie de voir les choses avec plus de détachement, car je suis aux manettes de ma future activité. Je peux agir, et vite.

En entrepreneuriat je comprends que les revers sont surtout humains…

Il y a peu par exemple, j’ai connu un sérieux revers. Rien de grave, mais quelque chose de pas sympathique comme une promesse non tenue. Cela m’arrive tous les jours, je travaille donc en m’en défaire, mais là il s’agissait d’un partenariat avec les équipes d’un réseau social pour communiquer et partager mes idées sur ce dernier. Coaching, sujets d’actualité à traiter, etc. l’appuie était non négligeable. Cependant, ils pensaient initialement que j’étais une personne d’opinion, et l’aide apportée était plus ou moins officielle, bref, je sentais que cela allait tourner court. Pourtant comme dans mes habitudes j’ai essayé de prouver que j’étais la bonne personne… Mais on ne m’a pas donné l’occasion de faire mes preuves, cette fois, on ne m’a pas donné ma chance.

…Car il faut prouver que l’on « a fait », que l’on est résilient face à l’épreuve

Ce que m’a montré cette expérience c’est que certains réseaux sociaux mettent en avant les entrepreneurs qui ont déjà fait et réussi. « Faire » et faire ses preuves est à l’entrepreneuriat, ce que le diplôme est à l’entreprise. Ce que je comprends c’est que le niveau de résilience face à l’échec doit être élevé. En pleine étude de marché, j’apprends ce que c’est que de prendre mon téléphone et de me voir opposer des refus. Cependant, je suis toujours agréablement surprise de voir que des personnes de mon audience acceptent de répondre à mes questions, et je dois admettre que c’est peut-être parce qu’elles trouvent le projet pertinent. Ainsi, sur la base d’une idée qui n’a pas encore fait ses preuves, elles acceptent d’investir du temps. Toutes ces réponses à mes questions sont autant de signes que je trouverais des personnes qui ont de bonnes intentions à mon égard ou qui seront potentiellement intéressées par mon service.

Je découvre ainsi que les revers sont surtout humains, et moins techniques

Bref, je découvre que l’indépendance ne se fait pas sans les autres. Non salariée, sans statut officiellement défini par mon poste, je suis dépendante de la réceptivité de l’Autre. Je ne suis plus protégée, je suis comme un oiseau tombé du nid. Cependant, je crois, je sais que l’histoire finira bien. Accompagnement à la création, don d’un conseil avisé, collectif de femmes sont autant d’îlots de chaleur et de bienveillance. C’est grâce à ces moments que ma vision s’affûte et que mon désir prend de l’ampleur. En fait, l’indépendance, c’est tout sauf pouvoir se passer des autres. Bien au contraire, c’est réussir à faire des ponts afin de créer un environnement professionnel qui nous correspond.

Ainsi, en début d’aventure, mes échecs sont bien plus humains que techniques. Il faut que ça match en termes de tempérament et de personnalité. Quand je repense aux histoires de self-made-man, je n’y crois qu’en partie. Je comprends aujourd’hui que le concept repose surtout sur le fait de savoir se créer des opportunités, et ces dernières ce sont les autres. Telle personne qui nous donne un conseil, un autre qui accepte de répondre à notre étude de marché, celles encore qui sont d’accord avec notre discours sur les réseaux sociaux. Malgré ce que l’on peut écouter ou lire, l’indépendance se travaille avec les autres. C’est ainsi apprendre à recevoir. La petite fille que j’étais continue de rêver de rester d’être attachante et perspicace. Car livré à moi-même, je me rends compte que sans la confiance tout s’étiole.

L’Autre c’est l’opportunité, et son indifférence est l’adversité.

L’Autre c’est l’opportunité, et son indifférence est l’adversité.

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