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Israël, une brèche dans la démocratie

Israël pourrait être gouverné d’ici quelques jours par la coalition la plus radicale et la plus imprégnée d’idéologie religieuse jamais constituée dans le pays. La faute à Benyamin Netanyahou, qui cherche à redevenir premier ministre après avoir déjà occupé cette fonction pendant quinze ans. Lors des élections législatives du 1er novembre, son parti, le Likoud, est arrivé en tête. Pour atteindre la majorité absolue des sièges, il compte former une coalition avec deux partis ultraorthodoxes et une formation d’extrême droite – HaTzionout HaDatit, « Sionisme religieux » – défendant la suprématie juive dans le pays.

Cette perspective est choquante. Itamar Ben Gvir, la figure la plus populaire de HaTzionout HaDatit, martèle que le peuple juif doit se comporter en « maître » dans ce pays qui compte 20 % d’habitants arabes. Il a défendu jusqu’à récemment l’annexion pure et simple de la Cisjordanie par Israël, envisagé un statut de seconde catégorie pour les non-juifs et prôné le transfert vers les États voisins des Palestiniens qui refuseraient ce régime de ségrégation. Une telle idéologie ethnico-religieuse semblait inimaginable dans un État né de la persécution des Juifs en Europe aux XIXe et XXe siècles, fondée sur des pulsions semblables. Pourtant, le discours et le comportement provocateurs d’Itamar Ben Gvir ont séduit 10 % de l’électorat, notamment parmi les jeunes, permettant à sa formation d’obtenir 14 sièges sur 120 à la Knesset.

Cette poussée s’inscrit dans une transformation remarquablement décrite l’an dernier par l’historien et politologue Samy Cohen dans son ouvrage Israël. Une démocratie fragile (1). Pour lui, l’occupation des territoires palestiniens conquis après la guerre de 1967 a inversé le rapport de force entre les courants libéraux et religieux qui coexistaient à la création de l’État. Le contrôle de la Judée, de la Samarie et de la vieille ville de Jérusalem, où se trouvent de nombreux sites bibliques, a nourri un messianisme vigoureux et de plus en plus intransigeant. Sur fond de lutte avec les Palestiniens, les colons les plus militants ont déclenché une contre-révolution religieuse qui sacralise la terre et qui va jusqu’à l’intolérance envers les non-juifs et les juifs suspectés de faire des concessions. C’est ainsi que le premier ministre Yitzhak Rabin a été assassiné en 1995 par un extrémiste sioniste religieux, parce qu’il négociait une paix avec les Palestiniens sur la base d’une restitution des territoires occupés depuis 1967.

La majorité des Israéliens ne partage pas cette idéologie, et certains la combattent farouchement, au nom d’une vision humaniste et libérale de la démocratie et des droits de l’homme. Mais les sionistes religieux ont profité des manœuvres de Benyamin Netanyahou, lui qui les a souvent utilisés pour rester au pouvoir. De 2009 à 2021, au fil de ses coalitions, le chef du Likoud a contribué à la banalisation de l’extrême droite. Lui-même a orchestré une offensive contre plusieurs principes fondamentaux de la démocratie : l’égalité des droits entre les citoyens ; la liberté d’expression, particulièrement celle des ONG ; l’indépendance de la justice et de la Cour suprême. Progressivement, il a entériné l’idée qu’Israël devait être un État juif, au sens religieux et ethnique, avant d’être pleinement démocratique. Une régression qui assombrit l’avenir de son pays et celui des Palestiniens.

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