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harcèlement scolaire, le cheminement d’une professeure

Voix chaleureuse, verbe franc, Nadia Alram le concède, la lutte contre le harcèlement n’a pas toujours été sa priorité. « Il y a vingt ans, quand un élève ou ses parents venaient me trouver, je recueillais vite fait la parole des différentes parties, les sanctions tombaient puis je passais à autre chose, sans chercher les causes profondes des incidents à répétition. »

Jusqu’en sixième, Nadia Alram avait pourtant été elle-même harcelée sans que ses appels à l’aide aient été pris au sérieux par ses profs ni ses parents… « Mais à mes débuts, je restais conditionnée par ma formation, concentrée sur la transmission de contenus, la correction des copies. »

Il a fallu des années de pratique pour que Nadia Alram perçoive combien l’état émotionnel de l’enfant influe sur ses capacités cognitives. « Pour apprendre, il a besoin de se sentir en sécurité. D’où la nécessité de travailler en classe le respect de l’autre – même s’il n’est pas mon ami, même s’il est très différent. »

Nadia Alram a infléchi sa pédagogie au moment même où l’institution se mettait à combattre avec volontarisme le harcèlement, après de terribles faits divers. Journée nationale, prix, numéro Vert, élèves médiateurs… Les initiatives se sont multipliées, jusqu’à la généralisation en cours du programme Phare, qui allie prévention et protocole de prise en charge des victimes par des personnels référents formés.

« Malgré ces efforts, la prise de conscience n’est pas générale », déplore Nadia Alram. Comme elle l’a constaté dans l’école de son enfant, certains enseignants voient encore dans le harcèlement « une affaire d’enfants à laquelle ils n’ont pas à se mêler ».

Dans sa classe de CM2, en éducation prioritaire, à Perpignan, elle-même recense au moins un cas par an. « Le harcèlement se manifeste souvent dans les recoins de la cour de récré ou dans les toilettes, difficiles à surveiller. Un phénomène que complique l’apparition de téléphones portables, parfois dès le CE2. »

Des parents qui parfois réagissent par l’insulte ou la menace

Vigilance et fermeté permettent généralement de « tuer dans l’œuf » ces dérives. « À condition de créer un climat de confiance avec les élèves et les parents. Or, ces derniers sont parfois laxistes, démissionnaires. Quand ils ne réagissent pas à chaud par l’insulte ou la menace. Certains se montrent harcelants, viennent nous voir plusieurs fois par semaine pour qu’on règle dans la seconde le problème de leur enfant… »

Il arrive que la situation s’enkyste ou devienne incontrôlable. « Il y a quelques années, un de mes élèves, très isolé, en décalage avec les autres, était l’objet de brimades. Un jour où j’étais absente, il a été victime de violences en réunion. »

Nadia a alors invité dans la classe la brigade de prévention de la délinquance juvénile pour un exposé sur la responsabilité pénale. Et a prévenu les élèves qu’en cas de nouvel incident, elle accompagnerait la maman à la gendarmerie pour un dépôt de plainte. Affaire close.

Deux ans plus tard, cependant, nouvelle situation, très complexe. « Un élève chantait en classe, sifflait, faisait tomber ses affaires. Ne sachant pas comment nouer le contact avec ses camarades, il les bousculait… Involontairement, il suscitait l’agressivité des autres, qui se sentaient retardés dans leurs apprentissages et l’avaient pris en grippe », se souvient l’enseignante.

« Nous avons fait venir la psychologue scolaire, l’inspecteur d’académie. Mais les parents, convaincus à tort que leur enfant était victime de racisme, ont porté plainte… » Faute de mieux, on a changé l’élève de classe. « Mais ce n’est qu’un travail sur son comportement, avec des professionnels extérieurs, qui lui a permis d’échapper à la spirale du harcèlement. »

Humilier l’élève pour qu’il se tienne tranquille

Nadia Alram, responsable syndicale au SE-Unsa, insiste : combattre le harcèlement nécessite l’engagement de tous. « Les harceleurs sont parfois ceux qui, à la maison, subissent les moqueries de l’entourage sur leur embonpoint ou leurs dents de travers. Ils reproduisent ensuite cette façon d’être vis-à-vis de leurs camarades. »

Les enseignants eux-mêmes adoptent parfois des postures pouvant concourir à du harcèlement. « Jeune prof, il m’est arrivé de recourir à la méthode que j’avais subie, enfant : débordé, l’adulte humilie l’élève avec une parole blessante pour qu’il se tienne tranquille… Un vieux et mauvais réflexe que mes formateurs ne m’avaient pas appris à déconstruire. »

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