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Hanouna, sinistre révélateur

Une scène dégradante – une de plus, une de trop surtout – a envahi les réseaux sociaux le week-end dernier. Un animateur injurie et menace un député, balayant sa légitimité acquise dans les urnes, lui déniant le droit de dénoncer le propriétaire de la chaîne, pour des faits avérés en Afrique. « Je m’en bats les couilles que tu sois élu… Abruti ! T’es une merde ! Ferme ta gueule ! Tocard !… C’est ça, casse-toi ! »

Depuis des années, Cyril Hanouna, sans garde-fou, déverse du pulsionnel chaque soir sur C8, chaîne de Vincent Bolloré, dans « Touche pas à mon poste ». Depuis trop longtemps, nous sommes assaillis par le récit dans les journaux et les séquences sur Internet des incidents, provocations, humiliations, intimidations et invectives de cette « tête à clash ». L’enflure de son ego est inversement proportionnelle à l’indigence de son propos. Affranchi de toute retenue et décence, cet histrion désinhibé a pignon sur rue. L’employeur de l’aboyeur lui assure gloriole et fortune (un contrat de 250 millions d’euros pour sa société de production, sur cinq ans).

Cyril Hanouna se comporte en petit caïd, entouré d’une cour de « chroniqueurs », faire-valoir en mal de célébrité, et d’un public complaisant qui applaudit à toutes ses dérives populistes. On y a vu des intellectuels se fondre dans son cynisme de bas étage, se brûler les ailes à ce soleil noir. On a vu des ministres revendiquer leur présence régulière dans cette émission qui fait de l’audience et donc, CQFD, s’adresse au « peuple », confortant la piètre idée que l’on s’en fait. Sans comprendre qu’ils cautionnent une boîte de Pandore, marchepied à peine déguisé des extrêmes.

On a vu Hanouna se poser en arbitre des dernières élections, invitant des candidats à la présidentielle, prompts à venir pour glaner des voix. On a vu de très hauts personnages de l’État afficher une proximité avec ce camelot de la démagogie, pour racoler une partie de l’électorat, notamment les jeunes.

Comment avons-nous pu laisser prospérer, sans réagir, cette course à l’outrance dont nous connaissons, depuis le précédent de Berlusconi en Italie, les ravages sur l’opinion ?

Scène de trop ? Comme à chaque fois, un peu de polémique dans la presse, agitation et vociférations sur les réseaux sociaux, réponse alambiquée de l’Arcom (l’instance de régulation) et Hanouna continuera son petit business, en toute impunité, avec des audiences en hausse, forcément.

Accélérateur de la déliquescence du débat public, amplifié par les réseaux sociaux, symbole de la surpuissance et démission morale. Hanouna, sinistre révélateur de l’époque.

CET ARTICLE A ETE COPIE SUR www.la-croix.com

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