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faut-il forcément toujours plus de diplômes ?

Stop ou encore ? Vaut-il mieux se contenter de son diplôme ou en viser un autre puis un autre encore ? Faut-il enchaîner avec un cursus de plus, complémentaire ou différent, plus élevé, plus prestigieux, davantage tourné vers la pratique ? Ces questions, nombre de familles, nombre de jeunes se les posent.

Avec parfois l’idée que les études sont en soi un enrichissement, une précieuse parenthèse avant l’entrée dans la vraie vie. Avec le plus souvent comme boussole les perspectives d’insertion professionnelle.

« Lorsqu’on possède un diplôme du supérieur, tous niveaux confondus, le taux d’emploi est de 87 %, contre 53 % à peine pour ceux qui en sont dépourvus », rappelle Éric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE.

Un lien quasi automatique entre niveau de diplôme et rémunération

Le diplôme ouvre ainsi des portes. Et continue d’offrir une meilleure rémunération. « Après trois ans sur le marché du travail, un non-diplômé gagne, en salaire médian, 1 220 € net, un diplômé du secondaire 1 380 €, un jeune qui s’est arrêté avant le bac + 5, 1 620 €, tandis qu’un titulaire d’un master, voire plus, perçoit 2 260 € », détaille Fanette Merlin, chercheuse au Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), en se basant sur le suivi au long cours d’une cohorte entrée sur le marché du travail en 2017.

Le diplôme est aussi protecteur dans le temps. « Le fossé s’était par exemple creusé entre diplômés et non-diplômés lors de la crise financière de 2008 », relève cette chargée d’études.

Ce tableau mérite cependant d’être nuancé. Entrent en ligne de compte le domaine d’études, le type de diplôme (une licence pro offre de bien meilleures perspectives d’emploi qu’une licence générale), la façon dont on le prépare (avec un net avantage pour l’alternance). Autre bémol : malgré un niveau bac + 8, le doctorat, hors santé, offre une insertion moins rapide qu’un master, à bac +5.

Des études plus longues pour atteindre le niveau social de ses parents

Pas toujours facile, donc, pour un jeune et ses parents d’anticiper le « rendement » d’un diplôme. « Au fil du temps, il s’est accru dans les formations les plus sélectives », observe le sociologue François Dubet. « Mais il a plutôt reculé dans les autres cursus. Aujourd’hui, il faut souvent deux ou trois années d’études de plus pour atteindre le même niveau social que ses parents. De quoi créer du désenchantement », estime-t-il.

« On pourrait dire également que le diplôme ne fait pas tout, que le réseau est tout aussi important », poursuit ce chercheur. « Sauf que ces mêmes formations élitistes, souvent privées, sont celles qui apprennent à se créer et à entretenir un réseau… »

Certains, comme la sociologue Marie Duru-Bellat, n’hésitent pas à parler d’« inflation scolaire », la valeur du diplôme sur le marché du travail s’érodant sous l’effet de l’élévation générale des qualifications. « Avec un bac + 2 ou un bac + 3, on a beaucoup de moins de chances de devenir cadre supérieur qu’il y a vingt ans. » Or, fait-elle valoir, « même dans une société riche comme la nôtre, l’argent public investi dans une année d’études supplémentaire (18 100 € en moyenne par an et par étudiant, NDLR) est autant d’argent qui ne sert pas, par exemple, à combattre dès les petites classes les difficultés de lecture ».

Trop souvent, déplore Marie Duru-Bellat, les diplômes servent davantage « à sélectionner, sur des critères académiques » qu’à préparer véritablement à la vie professionnelle. Ils offrent aussi une rente, déterminent une large part de la carrière à venir.

Un embouteillage à l’entrée des masters

D’une année à l’autre, en tout cas, l’élévation des qualifications se poursuit. La France est ainsi l’un des 14 États membres de l’OCDE (sur 38) à avoir franchi le seuil des 50 % de diplômés du supérieur parmi les 25-34 ans. Elle compte aussi parmi les 11 pays de l’UE à avoir déjà atteint l’objectif européen de 45 % de diplômés d’ici à 2030.

« Mais plutôt que de s’attacher à l’élévation du niveau de diplômes, mieux vaudrait viser une augmentation du niveau de compétences, en redéfinissant le contenu de nombreuses formations », commente Éric Charbonnier. Pour l’expert de l’OCDE, en effet, « le monde du travail a besoin de jeunes gens qui fassent preuve de curiosité et de créativité, qui soient capables de travailler en équipe, de faire confiance aux autres ».

Des diplômes peut-être moins élevés mais mieux adaptés aux réalités du terrain ? L’idée semble dans l’air du temps, alors qu’un « Parcoursup » des masters est en cours d’élaboration pour mieux gérer les embouteillages à la sortie de la licence. Alors que par ailleurs de nombreux emplois ne nécessitant pas un bac + 5 ne trouvent pas preneur.

Abordant les difficultés de recrutement des enseignants, fin août, en Sorbonne, devant les recteurs, Emmanuel Macron évoquait, brutalement, « des diplômes universitaires (…) excessifs pour certains ». Et plus largement, dans l’entourage de Sylvie Retailleau, la ministre de l’enseignement supérieur, on se demande sans fausse pudeur « si on n’est pas allé un peu trop loin dans la course aux diplômes ». Du reste, de plus en plus de jeunes sont attirés par des formations plus courtes, du type BTS, BUT (ex-DUT) ou bachelors, des diplômes préparés généralement en trois ans et souvent proposés par des grandes écoles.

Développer aussi des formations courtes professionnalisantes

« Dans la plupart des pays développés, on compte un tiers de formation générale, deux tiers de formations professionnalisantes. En France, la proportion est inversée », déplore Louis Vogel, ex-président de l’université Panthéon-Assas. Lui qui est aujourd’hui maire de Melun (Seine-et-Marne) et chef du pôle Idées au sein du parti d’Édouard Philippe, Horizons, considère que l’État devrait, via un contrat d’objectifs et de moyens, inciter les universités à multiplier les filières courtes, professionnalisantes. Et de citer en exemple le diplôme universitaire (DU) d’enquêteur privé proposé en un an par son ancienne fac, « avec de vrais débouchés ».

Louis Vogel pose néanmoins plusieurs conditions : « Il faudrait que les DU deviennent des diplômes d’État, avec un tarif unique dans toute la France, et non des frais qui varient aujourd’hui de quelques centaines à quelques milliers d’euros. Il faudrait aussi jeter des passerelles vers d’autres formations et surtout offrir à tous la possibilité de reprendre des études et de se former tout au long de la vie. »

L’allongement des études, un enjeu de justice sociale

Reste que les effets d’un haut niveau de qualification ne se mesurent pas exclusivement à l’aune de l’insertion professionnelle. « Les bénéfices sont multiples », assure Fanette Merlin. « Au niveau individuel, on observe un gain financier mais aussi symbolique, avec une position dans la hiérarchie sociale susceptible d’apporter de précieux avantages non marchands. Collectivement, mieux les individus sont rémunérés, plus l’État perçoit d’impôts. Enfin, plus le niveau d’études est élevé, meilleure est la santé, moindre la criminalité, plus grande la participation civique. »

Vice-présidente de l’Unef, Pauline Lebaron voit elle aussi d’un œil positif « le fait qu’un maximum de jeunes obtiennent un certain niveau de diplômes ». Mais ce qui est « source d’émancipation » est aussi trop souvent vécu comme une pression. « On est aujourd’hui sommé de se différencier avec toujours plus de diplômes, avec des diplômes toujours plus spécifiques. Cela soulève des questions essentielles de justice sociale. » Il n’est pas donné à tous de financer des études qui s’étirent en longueur. Aussi, son syndicat étudiant réclame-t-il une allocation d’autonomie d’un peu plus de 1 000 € par mois pour l’ensemble des jeunes en formation.

Le risque, en tout cas, met en garde François Dubet, c’est « que les non-diplômés, les peu- diplômés ne se sentent exclus et méprisés ». Et « que la rancœur à l’égard des élites, des intellos, ne les conduise davantage encore aux votes extrêmes déjà observés en France, en Angleterre, en Italie ».

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Les diplômes qui facilitent l’entrée sur le marché du travail

Publiée cet automne, l’enquête Génération 2017 a permis au Cereq d’étudier pendant trois ans la trajectoire d’un panel représentatif de jeunes sortis cette année-là du système éducatif.

L’accès durable à un emploi à durée indéterminée, immédiatement après les études ou de façon différée, est favorisé par l’obtention des diplômes suivants : école d’ingénieur (80 % des diplômés connaissent une telle insertion), école de commerce (75 %), licence professionnelle industrielle (74 %), master économie-gestion-AES (74 %), master scientifique (70 %), doctorat en santé (65 %).

Parmi les 21,5 % de jeunes qui connaissent un accès tardif à l’emploi, une sortie de l’emploi vers le chômage ou l’inactivité, un maintien aux marges de l’emploi, on trouve essentiellement des jeunes non diplômés du supérieur ou titulaires d’une licence en lettres, langues ou sciences humaines.

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