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Entre les Insoumis et Hanouna, une éternelle relation ambiguë

Si les Insoumis ont condamné jeudi les insultes de Cyril Hanouna contre le député LFI Louis Boyard, le mouvement mélenchoniste a toujours trouvé son intérêt dans les émissions de l’animateur.

Cyril Hanouna doit-il sa carrière à Jean-Luc Mélenchon? «Cette émission existe grâce à vous», assurait le présentateur phare de C8 à l’Insoumis le 27 janvier dernier. C’était l’époque de la présidentielle, celle où les candidats défilaient à tour de bras sur le plateau de «Face à Baba». Une vraie revanche médiatique pour Cyril Hanouna, longtemps rangé dans les animateurs de seconde zone du PAF. «Vous avez été un des premiers à venir dans mon émission», rappelait-il à l’Insoumis, en référence à son tout premier passage en 2013.

Une stratégie de longue date…

Après les insultes de l’animateur contre le député LFI Louis Boyard jeudi soir – comme «abruti», «tocard», «t’es une merde» – le Jean-Luc Mélenchon de 2022 serait-il toujours en phase avec celui de 2013? À l’époque, il avait été la première personnalité politique à accepter d’être cuisiné par Cyril Hanouna, déjà méprisé par beaucoup au sein du petit monde politico-médiatique. Le décor n’était pas le même : C8 s’appelait encore D8. «Touche pas à mon pote» était encore noyé dans le tourbillon des émissions de la TNT du début de soirée. Et Jean-Luc Mélenchon venait de terminer sa toute première épopée présidentielle (11,10% en 2012). Il justifiait alors sa venue : «Je n’accepte pas l’idée qu’il y a des endroits où nous n’avons pas à aller». En interrogeant : «Pourquoi on ne pourrait pas? Parce que vous êtes trop bêtes? Parce que c’est trop populaire?»

La «doctrine Hanouna», précurseur, n’a jamais été remise en cause par LFI. Elle a depuis été reprise par la quasi-totalité de la classe politique, gouvernement compris. Elle consiste à accepter de se mouiller – de «se salir» pour certains – afin de toucher une large audience de téléspectateurs souvent éloignés de la vie politique. Un segment électoral particulièrement dans le viseur de LFI. De nouveau invité en février 2021, Jean-Luc Mélenchon s’était d’ailleurs réjoui devant les siens après l’émission : «Le rendement a été maximum pour nous. Nous avons fait 8.000 signatures de plus entre l’émission de jeudi soir et ce lundi soir. Ma chaîne Youtube a fait un progrès de 500.000 (visiteurs). Tous les indicateurs sont au vert.» Entre-temps, l’avocate Raquel Garrido, Insoumise de la première heure, a été recrutée comme chroniqueuse officielle de l’émission avec l’idée de mener «la bataille culturelle» de l’intérieur.

… malgré les dérapages

Le revers de la médaille existe. Le député LFI Louis Boyard, lui-même un temps chroniqueur, a pu le constater jeudi soir après avoir osé critiquer l’industriel et propriétaire de la chaîne Vincent Bolloré. «Moi je ne crache pas dans la main qui me nourrit. Je m’en bats les couilles que tu sois élu», lui a lancé Cyril Hanouna, faisant partir l’élu Insoumis sous les huées du public. En janvier dernier, Jean-Luc Mélenchon confiait lui-même «avoir eu le sentiment de s’être fait manœuvrer» après un débat de plus d’une heure avec Éric Zemmour qui ne devait durer que vingt minutes. Sur son blog, il promettait qu’il n’accepterait «plus jamais aucune émission sans garantie sérieuse d’équilibre».

Les Insoumis ont malgré tout fini par revenir. Le 4 novembre dernier, la présidente du groupe Mathilde Panot, les députés Carlos Martens Bilongo et David Guiraud se sont même précipités chez Cyril Hanouna pour répliquer au «qu’il retourne en Afrique» lancé quelques heures plus tôt par le député RN Grégoire de Fournas. Le présentateur a conclu la séquence : «Carlos, oubliez, arrêtez de vous prendre la tête avec ça. Il faut sanctionner, mais arrêtez de vous prendre la tête», lui proposant de «revenir pour autre chose». Visiblement étonné par le ton de l’animateur, Carlos Martens Bilongo avait répondu qu’il «réfléchirait», que tout «dépendra du sujet», tout en tenant à rappeler à l’animateur : «Il y a des millions de Français qui se sentent blessés aujourd’hui» par les propos de l’élu RN.

Après l’incident autour de Louis Boyard jeudi soir, Mathilde Panot s’est montrée ferme sur Twitter : «Ce qui s’est passé ce soir sur TPMP est gravissime. Personne ne dit « ferme ta gueule » à un député de mon groupe. Pas même Cyril Hanouna et les laquais de Bolloré», a-t-elle martelé, en indiquant que son mouvement allait saisir l’Arcom, le gendarme de l’audiovisuel en France. «Nous ne nous tairons pas», a-t-elle promis. De là à acter la fin des Insoumis chez Hanouna…

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