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En Iran, des citoyens ordinaires pour réprimer les manifestants

En Iran, des citoyens ordinaires pour réprimer les manifestants

Téhéran (Iran)

Correspondance particulière

Alors que les manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini, aux mains de la police des mœurs, entrent dans leur huitième semaine, la République islamique continue de réprimer par tous les moyens nécessaires ce que la contestation qualifie désormais de « révolution ». Au côté des forces de police, des agents du renseignement et du corps des Gardiens de la révolution (IRGC), des citoyens lambda sont aussi mis à contribution : des retraités de l’administration gouvernementale, mais aussi d’innombrables membres du Bassidj, cette milice paramilitaire liée aux Gardiens de la révolution, issus d’écoles et des quartiers.

Adolescents comme quinquagénaires, ils sont équipés de vêtements de protection, de boucliers, de matraques, de sprays au poivre et de tasers. Certains portent des armes à feu. Salar est l’un d’eux : lycéen et bassidji. Avec deux camarades de classe, il est envoyé chaque nuit dans le quartier d’Ekbatan à Téhéran pour disperser les rassemblements. Le groupe comprend vingt motos, chacune avec deux passagers. Ce travail lui permet de toucher un revenu qu’il ne gagnerait pas avec un travail à temps partiel.

À 16 ans, Salar espère devenir ingénieur en informatique. « Être membre du Bassidj permet d’être embauché plus facilement et de progresser plus vite, quel que soit le poste. Il y a beaucoup d’occasions de briller pour les membres loyaux de l’organisation », dit-il, avec un sourire confiant.

Les membres actifs du Bassidj bénéficient, en plus du salaire mensuel, de nombreux avantages, comme des réductions et une assurance santé. Salar assure que tous les miliciens ne sont pas impliqués dans la répression. Beaucoup ont rejoint l’organisation à l’école afin de participer à des voyages ou à des compétitions sportives réservées aux bassidji. « Mais il y en a parmi nous qui obéissent aux ordres avec une foi sincère dans le système et le pays, relève-t-il, plus grave. En cas de besoin, ils sont prêts à défendre la souveraineté de la République islamique par tous les moyens. »

Le Bassidj compte environ 24 millions de membres. Cette division paramilitaire des Gardiens de la révolution est chargée de recruter, d’entraîner, d’organiser et de déployer ses volontaires pour protéger les acquis de la révolution islamique. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), les bassidji étaient régulièrement envoyés au front.

Aujourd’hui, en renforçant sa structure et en multipliant ses bases dans chaque ville et village, il est devenu un outil puissant de répression. Rien que cette année, l’IRGC a reçu séparément plus de 2 744 milliards de tomans (soit 65 millions d’euros) pour un projet intitulé « La gestion des affaires du Bassidj » et 212 milliards (5 milliards d’euros) pour le « Renforcement de la base de défense et de sécurité bassidj ».

Mohammad vit et travaille avec sa femme Mohadese dans un atelier d’impression à Ekbatan. Dans ce quartier, où convergent les manifestations, les bassidji font régner la peur. « Ils attaquent les halls des immeubles la nuit pour faire taire ceux qui scandent des slogans depuis leur appartement. Ils détruisent les fenêtres, battent les résidents », raconte Mohammad. « Les bassidji prétendent vouloir améliorer leur pays, mais ne laissent que haine et destruction dans nos cœurs depuis des années », ajoute Mohadese. Ces forces sont généralement à l’abri des poursuites en raison de leurs puissantes relations.

Une immunité qui leur permet de réprimer sans craindre les conséquences. De nombreux bas­sid­ji servent aussi d’informateurs sous couverture pour les agences de renseignements. Certains ont même l’autorité pour procéder à des arrestations, lors de manifestations et de contrôles. Un pouvoir inédit, dénoncé par de nombreux citoyens, qui les perçoivent comme les fantassins de politiques extrémistes, responsables du sentiment croissant d’insécurité.

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