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« Dans un couple, on ne peut pas tout se dire »

La Croix : À l’ère de la communication, il y a une injonction à la transparence dans le couple. Peut-on tout dire à son conjoint ?

Jacques Arènes : Il y a un décalage entre ce qu’on lit ou voit dans les médias et la réalité. Ce que j’entends dans mon cabinet, c’est plutôt la difficulté à dire un certain nombre de choses. Parler de la sexualité du couple avec son conjoint, ce n’est pas si simple. Il y a beaucoup de gens qui ont du mal à aborder le sujet par pudeur ou par crainte de blesser l’autre. C’est délicat de dire qu’on n’est pas satisfait ou qu’on éprouve moins de désir pour elle ou lui. Il faut se demander ce que le conjoint est capable d’entendre.

Lacan affirmait que la vérité ne peut se dire en son entier, qu’on ne peut que la « mi-dire ». Tout dire à l’autre n’est tout simplement pas possible parce qu’il y a des ressentis qu’on a du mal à percevoir soi-même. On se sent mal au travail, par exemple, et on ne sait pas pourquoi. On ne peut pas forcément aller jusqu’au bout de quelque chose qui serait une vérité, parce qu’on ne la connaît pas complètement soi-même. Et puis, on ne peut pas tout dire à son conjoint parce que le but n’est pas qu’il porte nos confidences comme un sac à dos.

Je conseille souvent d’aborder certains sujets sensibles par des allusions. Je crois beaucoup à la légèreté dans le couple. La vérité n’est pas un bataillon de chars, c’est quelque chose qui est en marche et qu’on peut dire à demi-mot.

Il est impossible de tout dire, mais y a-t-il des choses qu’il ne faut pas dire ?

J. A. : Oui, typiquement, ce qu’il se passe dans une séance d’analyse ou de psychothérapie individuelle doit rester secret. J’accompagne des personnes qui ont droit à un interrogatoire en rentrant à la maison parce que le conjoint trouve que ces séances sont un espace de liberté excessif ou parce qu’il a peur qu’on dise du mal de lui.

Le passé amoureux ne doit pas forcément non plus être abordé avec le conjoint mais tout dépend de l’économie du couple. Parfois, il peut s’avérer nécessaire d’en parler parce qu’il y a certaines défiances. Lorsqu’on a déjà souffert d’un premier mariage, il peut y avoir des crispations.

Même le travail n’est pas toujours un sujet à aborder. Les conjoints ont le droit à une vie en dehors du couple. L’idée qu’il faut tout partager avec l’autre peut aussi cacher le désir de prendre le pouvoir.

Et pour l’adultère ?

J. A. : Lorsqu’on a trompé son conjoint, il y a des choses à dire de l’ordre du factuel, mais faut-il pour autant aborder le détail des sentiments ? Il y a des conditions pour le faire. Il faut se demander ce que l’autre est prêt à entendre. Il ne s’agit pas de se débarrasser de la « patate chaude » mais d’être attentif au moment et à la manière de le dire.

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