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Au procès de l’attentat du Nice, un « copain » du terroriste sur le gril

C’était le 15 juillet 2016. Ce jour-là, Chokri Chafroud va boire un café au « Gaulois », un bar de Nice où il a ses habitudes. C’est là qu’il dit avoir appris l’identité du terroriste qui, la veille, a tué 86 personnes sur la promenade des Anglais : Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un de ses « copains », Tunisien comme lui, qu’il a rencontré quelques mois plus tôt.

Sur le coup, Chokri Chafroud éprouve de « la peur » à l’idée d’avoir côtoyé celui qui vient de commettre un tel attentat. Mais il ne songe pas pour autant à aller à la police. « Je savais qu’il avait fait cela. Mais je ne pensais pas que j’allais être embêté personnellement », dit-il ce jeudi 10 novembre à la cour d’assises de Paris.

Mauvaise intuition. Car c’est peu de dire que Chokri Chafroud a été « embêté personnellement » après cet attentat : placé en détention provisoire depuis juillet 2016, il comparaît dans un procès pour terrorisme au terme duquel il risque une peine de 20 ans de réclusion. À cause de sa proximité avec cet ami devenu un terroriste. Mais pour le condamner, la cour devra prouver qu’il avait connaissance de l’attentat qu’il allait commettre ou, au minimum, de sa radicalisation. Ce qui en l’état du dossier n’a rien d’une évidence.

Une arrivée à Nice début 2016

Depuis quinze jours, le procès est entré dans le cœur du dossier avec l’interrogatoire des accusés. Et les premiers à passer devant le micro sont des proches du terroriste, poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste.

La semaine dernière, Mohamed Ghraieb a affirmé n’avoir jamais eu connaissance de ce que préparait Mohamed Lahouaiej Bouhlel. C’est également la position de Chokri Chafroud dont la cour a retracé le parcours cette semaine. Son enfance passée en Tunisie dans une famille de sept enfants. L’arrêt de l’école à 11 ans et les premiers emplois saisonniers puis de barman pour aider ses parents. Son goût pour l’alcool et pour le mode de vie des touristes étrangers.

Après dix ans passés en Italie, Chokri Chafroud arrive à Nice en février 2016 où il fait la connaissance de Mohamed Lahouaiej Bouhlel. « Pour moi, c’était un individu normal, un copain comme les autres. Il parlait beaucoup de son travail de chauffeur de camion », explique l’accusé, qui s’exprime par l’intermédiaire d’un interprète.

Les questions fusent sur cet ami avec lequel il s’adonnait à la pratique des selfies dans lesquels l’un comme l’autre faisait volontiers des doigts d’honneur à l’objectif. « C’était pour rigoler », assure Chokri Chafroud.

Il évoque aussi « l’humour tunisien » lorsque le président Laurent Raviot l’interroge sur ses conversations avec Mohamed Lahouaiej Bouhlel sur Facebook dans lesquelles le verbe « niquer » était utilisé avec une remarquable régularité. Fin février 2016, par exemple, Chokri Chafroud écrit à son ami : « Je vais les niquer, tous les Tunisiens, je niquerai tous les riches, fils de pute, je les égorgerai tous ».

Le président lui demande des explications sur ces propos « belliqueux ».« Je ne me rappelle pas pourquoi j’ai écrit cela », répond l’accusé, invité à commenter un autre message d’avril 2016 lors d’une conversation dans laquelle Lahouaiej Bouhlel parlait de son travail : « Charge le camion de 2000 tonnes de fer et nique coupe lui les freins mon ami et moi je regarde ».

La formulation est forcément troublante lorsqu’on songe à la façon dont a été perpétré l’attentat de la promenade des Anglais. « J’ai écrit cela car il n’arrêtait pas de râler à propos de son travail », dit l’accusé en faisant une nouvelle fois référence à « l’humour tunisien ».

Et cela se poursuit sur le même registre. L’accusé enchaîne les réponses évasives mais il n’y a pas non plus d’éléments tangibles prouvant avec certitude qu’il connaissait le projet terroriste de Lahouaiej Bouhlel ou sa radicalisation pourtant manifeste dans les dernières semaines. « Il ne faisait pas le Ramadan, il n’allait jamais à la mosquée. Il mangeait du porc », assure Chokri Chafroud. Il a juste noté que son ami, sur la fin, s’était laissé pousser une « petite barbe ».

Un passage dans le camion, trois jours avant l’attentat

Deux événements sont quand même ennuyeux pour l’accusé. D’abord, trois jours avant l’attentat, il est monté dans le camion du futur terroriste sur la promenade des Anglais. Pour y rester seulement cinq minutes.

« J’ai tout de suite vu qu’il était énervé. Il parlait tout seul et disait des choses incompréhensibles. Je lui ai dit que je voulais descendre et il s’est mis à taper sur son volant », raconte l’accusé en ajoutant ne pas avoir été surpris de voir son copain dans ce nouveau camion. « Il était chauffeur et je pensais que c’était pour son travail », ajoute-t-il en affirmant avoir ignoré que le véhicule venait tout juste d’être loué.

Sinon, un mois et demi avant l’attentat, Lahouaiej Bouhlel a demandé à Chokri Chafroud de lui trouver une arme. « Il m’avait prêté 100 € et il m’a dit que si j’en trouvais une, on pourrait oublier ces 100 € et qu’il me donnerait 200 € en plus », affirme l’accusé qui, au final, ne fournira jamais l’arme réclamée. « C’est pas banal quand même demander cela à un ami ? Il vous a dit ce qu’il voulait en faire de cette arme ? », interroge le président Raviot. « Il m’a dit qu’il voulait décorer sa maison avec… », répond l’accusé.

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