au mandat d’arrêt de la CPI, Vladimir Poutine répond par la surenchère

« Notre président Vladimir Vladimirovitch Poutine sait surprendre », s’est félicité samedi 18 mars le gouverneur de Sébastopol, alors que le leader russe faisait une halte dans la cité portuaire de Crimée pour y célébrer les 9 ans de son annexion.

Vladimir Poutine, qui ne quitte que très rarement le Kremlin, a multiplié les déplacements au lendemain du mandat d’arrêt émis à son encontre par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, pour la « déportation illégale » de milliers d’enfants ukrainiens. Ce mandat vise également la commissaire présidentielle russe aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova.

« Vladimir Poutine prétend rester maître du jeu »

Ce 18 mars, le chef du Kremlin a aussi rencontré le chef d’état-major de l’armée russe à Rostov-sur-le-Don, non loin de la frontière ukrainienne. Et, pour la première fois depuis le déclenchement le 24 février 2022 de l’offensive qu’il mène contre l’Ukraine, il est allé dans la zone conquise du Donbass et a visité Marioupol, « de nuit comme un voleur », a fustigé le ministère ukrainien de la défense.

« Avec ces déplacements inopinés, Vladimir Poutine prétend rester maître du jeu, pour affirmer que la Crimée annexée lui appartient et, à Marioupol, qu’il n’est nullement dans une logique de retrait », analyse Pierre Hazan, auteur de Négocier avec le diable (1). Une réponse en forme de bras d’honneur à son inculpation par la CPI dont il ne reconnaît pas la compétence. Ce mandat d’arrêt est « nul et non avenu » a déclaré le Kremlin. L’ex-président Dmitri Medvedev l’a même comparé à du papier toilette.

« Nul doute que personne ne l’arrêtera »

La CPI s’est montrée extraordinairement rapide pour inculper le chef du Kremlin. Une inculpation possible parce que l’Ukraine reconnaît la compétence de la Cour, même si elle n’est pas État partie au statut de Rome qui a fondé cette dernière. En vingt ans d’existence de la CPI, seuls deux chefs d’État en exercice ont été inculpés, le Soudanais Omar El Béchir en 2009 (jamais livré à la Cour) et le Libyen Mouammar Kadhafi en 2011 (sa mort quatre mois plus tard clôtura l’affaire).

Malgré l’ampleur des crimes reprochés à Vladimir Poutine, « nul doute que personne ne l’arrêtera », estime Pierre Hazan. La CPI a certes le pouvoir de lever l’immunité diplomatique d’un président en exercice, mais ne dispose pas de police internationale. Ainsi avant d’être incarcéré dans son pays, Omar El Béchir avait pu voyager dans une dizaine d’États sans être inquiété.

« Les enchères montent dans cette guerre aux dimensions planétaires »

« L’inculpation de Vladimir Poutine peut-elle avoir une vertu de prévention ou de dissuasion d’autres crimes, ou est-ce que faire de lui un paria international peut plus encore le pousser dans sa fuite en avant ?, interroge Pierre Hazan. A priori, elle complique un hypothétique processus de paix, même si le procureur peut arrêter le processus judiciaire dans l’intérêt des victimes. »

Le président russe a apparemment opté pour la surenchère. « Et les enchères montent dans cette guerre aux dimensions planétaires, entre, d’un côté, un Poutine offensif qui s’affirme sur “ses” terres annexées et occupées et, de l’autre, une montée en puissance de certains États occidentaux – la livraison d’avions de combat à l’Ukraine n’est pas un tabou a ainsi déclaré la ministre des affaires étrangères française, Catherine Colonna, poursuit-il. Dans ce contexte, on va scruter de près les déclarations de Xi Jinping. » Le dirigeant chinois est attendu ce 20 mars en Russie.

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